14 - 15 - 16 février 2010

Prochaine date:
Dimanche-Gras:
14 février 2010
Decoration droite
decoration titre
Traditions
Les Violes de Binche



Y a toujours un passage à niveau
Qui barre la route, ça vous dégoûte
On arrive ou trop tard, ou trop tôt
On passe tout d'suite ou on fait le poireau...
Yop...


Le lundi gras matin, les rues de Binche résonnent au son aigrelet des violes. Le dimanche gras avant midi déjà, dans certaines sociétés, le ramassage s'effectue au rythme de la ´ manique ª . Auparavant, la viole rythmait aussi tous les moments importants de la vie des hommes et de la Cité : Sainte-Cécile, ducasses, concours de violes, mariages, naissances, ...

L'introduction de cet instrument dans le folklore binchois remonte à la fin du XIXème siècle. Il fut importé à Binche vers les années 1880-1890 par des familles flamandes. Il s'agit en fait de l'orgue de Barbarie, espèce d'orgue dont les claviers et le soufflet sont mis en jeu par un cylindre mû à l'aide d'une manivelle ou "manique". Le cylindre est lui-même constitué d'un rouleau de bois recouvert de pointes de cuivre.

Dans le patois local, le joueur de viole est appelé ´ maniqueu ª ou encore, plus couramment, " dj'weû d'viole ".

Vers les années vingt, Binche comptait en période de Carnaval une trentaine de violes, et autant de " dj'weû d'viole " qui passaient environ 50 heures à porter un instrument pesant entre 30 et 35 kg, voire parfois 40 kg.

La majorité des violes étaient construites en Allemagne (Harmonipan Frati et Berlin), en France (Gavioli à Paris) et en Belgique dans les régions de Grammont, Herstal et Binche. Chaque viole possède 8 airs de musique tirés du répertoire des chansons à la mode du début du siècle et, également, des compositions binchoises. Parmi ces airs, les plus célèbres sont: "le boulet de canon", "le passage à niveau", "le soleil de Marseilles", "les petites femmes", "la petite bonne", "le plat italien", ...

Après l'apogée qu'elles connurent entre les deux guerres mondiales, les violes virent leur nombre diminuer jusqu'à ne plus en compter que quelques-unes. Il y a plusieurs raisons à cette disparition. Tout d'abord, la disparition des grandes fabriques allemandes détruites pendant la seconde guerre mondiale. Ensuite, les tambours firent leur apparition le dimanche gras au matin alors qu'auparavant ils n'entraient en jeu qu'après13 heures. Enfin, il faut noter la revente des violes à des collectionneurs par les propriétaires qui ne trouvaient plus en elles une source suffisante de revenus.

Et de nos jours, me direz-vous! Depuis une vingtaine d'années, un artisan binchois, Josselin Lebon, refabrique des violes. Il s'agit de violes de même modèle que les anciennes quoique un peu moins large. Après des années de labeur et de nombreuses heures passées à démonter et à remonter une viole qu'il avait achetée, son travail fut récompensé en 1978 lorsqu'il inaugura sa première viole. Depuis, ce sont accumulés les refrains populaires, environ 90, et les violes. En 1997, la société " Les Pierrots " renouait avec la tradition et quatre violes fabriquées par Josselin effectuèrent le ramassage de leurs jeunes membres. Ce sont aussi ces violes qui, le lundi gras au matin depuis plusieurs années, entrainent les Jeunesses de la ville et les farandoles de jeunes et de moins jeunes à travers les rues de la Cité du Gille.

Allez, "manique" !



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